Le Brabant wallon : une nouvelle géographie du vin naturel belge

Explorer, comprendre et déguster le vin naturel belge

Dans cette région étonnante, le Brabant wallon connaît une véritable renaissance viticole, incarnée par une génération de vignerons passionnés autour de La Hulpe, Genappe et Beauvechain.
  • Les vignobles du Brabant wallon se développent sur des terres variées, entre forêts et campagnes vallonnées tout près de Bruxelles.
  • Des producteurs comme le Domaine du Chapitre, le Domaine du Ry d’Argent, le Domaine de Glabais ou encore Vin de Liège (qui possède des vignes à Beauvechain) redéfinissent le visage du vin belge, misant souvent sur le bio et le naturel.
  • Cépages adaptés, techniques innovantes et retours à la tradition se conjuguent pour exprimer le potentiel unique de cette terre.
  • À travers leur cheminement, ces domaines démontrent que l’on peut élaborer en Belgique des vins vivants, profonds, et totalement ancrés dans leur terroir.
  • Le vignoble du Brabant wallon s’affirme comme une jeune scène viticole dynamique, inspirante et résolument tournée vers l’avenir du vin naturel.

Un territoire qui renaît sous la vigne

Le Brabant wallon n’a pas toujours été terre de vignes. Si la viticulture y existait avant le Petit Âge glaciaire (aux 16e et 17e siècles), elle fut balayée par le refroidissement climatique et la montée des céréales. Ce n’est qu’à la faveur de la crise climatique et agricole actuelle, et du boom du vin naturel partout en Europe, que la vigne est revenue en force sur ces coteaux.

  • La surface viticole du Brabant wallon dépassait à peine 10 hectares il y a 15 ans ; elle frôle aujourd’hui les 50 hectares d’après Statbel (source : Statbel, 2023).
  • On y trouve principalement des cépages résistants : Solaris, Johanniter, Muscaris, Pinotin, Souvignier gris pour les blancs, mais aussi du Pinot noir et quelques hybrides récents.
  • Le choix des terrains, souvent argileux et bien drainés, joue un rôle clé dans l’équilibre et la santé des vignes.

La proximité de Bruxelles attire des amateurs curieux, parfois lassés des circuits commerciaux et des vins sans aspérités. Ce sont de petites productions, mais une grande vitalité, une envie assumée de revendiquer l’identité du « vin belge » sans honte ni complexe.

Domaine du Chapitre (Baulers/Nivelles) : L’une des locomotives du coin

À quelques kilomètres de Genappe, le Domaine du Chapitre s’est imposé comme un acteur structurant du renouveau viticole en Brabant wallon.

  • Fondé en 2014 par Stéphane Dardenne et Frédéric Lateur
  • Près de 11 hectares de vignes sur des coteaux argilo-calcaires, à 80-100m d’altitude.
  • Certifié en bio depuis 2021, avec une approche très soignée de la biodiversité (haies, enherbement, travail du sol raisonné).

Le domaine met à l’honneur des cépages résistants (Solaris, Johanniter, Muscaris…) mais ose aussi le Chardonnay, avec une vinification précise et peu interventionniste : levures indigènes, peu de soufre, élevage sur lies pour les blancs. Le rosé du Chapitre, tout en fraîcheur, fait souvent parler de lui pour son joli fruit.

Leur cuvée-phare : le « Solaris Réserve », un blanc sec vif et minéral, qui n’a rien à envier aux grands blancs du nord. On retrouve chez eux ce goût de l’expérimentation, mais jamais au détriment de l’équilibre.

Pédagogie, accueil, esprit d’équipe : le domaine multiplie les portes ouvertes, les visites et propose même un club d’amateurs (source : Domaine du Chapitre).

Domaine de Glabais (Genappe) : Un laboratoire du vivant

Genappe n’est pas en reste avec le Domaine de Glabais, petit mais déjà remarqué par nombre de cavistes passionnés de nature.

  • Lancé par Benoît Collard, ingénieur devenu vigneron par passion, sur à peine 2,5 hectares.
  • Orientation résolument « nature » : pas d’herbicides ni de pesticides, pas de traitements de synthèse ; ici, on laisse les couvertures végétales s’exprimer et la faune s’inviter.
  • Cépages hybrides résistants, micro-parcelles isolées, vinifications lentes en cuve inox et souvent sans soufre ajouté.

Les cuvées du Domaine de Glabais surprennent par leur liberté aromatique : notes de fruits blancs, de fleurs sauvages, et parfois, ce petit côté « funky » qui amuse ou déroute (c’est tout le charme du vin naturel !).

Les rouges sont rares mais très recherchés – quand il y a assez de soleil pour les produire. Leur « Glabais Blanc » est régulièrement choisi par de jeunes chefs bruxellois qui veulent casser les codes autour du vin au verre.

À retenir : chez Glabais, tout commence par une approche scientifique de la biodiversité du sol, avec des analyses régulières de la faune microbienne (source : rencontres professionnelles, salons et site officiel).

Domaine du Ry d’Argent (Glimes/Jodoigne) : Tradition, expansion, engagement

Plus à l’est, entre Genappe et Beauvechain, le Domaine du Ry d’Argent est l’un des plus importants vignobles commerciaux du Brabant wallon.

  • Exploitation familiale créée en 2005, aux confins de la Hesbaye brabançonne.
  • Environ 12 hectares, dont plusieurs sur Glimes et Perwez.
  • Premier domaine du Brabant wallon à s’investir sérieusement dans l’œnotourisme et l’accueil de groupe.

Ici, on travaille hybride et cépages classiques, avec une approche pragmatique : des blancs très nets (Solaris, Muscaris), quelques rouges de Pinot noir et Pinot gris, et une gamme de mousseux (méthode traditionnelle). Les vinifications sont plus conventionnelles, mais le domaine, très implanté localement, fait un travail important de transmission et de médiation auprès des écoles et de la population.

La maison s’affirme surtout sur le créneau de vins « propres », accessibles, et dont l’expression varie selon les millésimes, avec des tirages limités en fonction de la météo.

Initiatives locales : Le Ry d’Argent participe activement à la promotion du vin belge avec la Fédération belge des Vins et des Domaines viticoles (source : Domaine du Ry d’Argent).

Zoom sur Beauvechain : entre fermes pionnières et collectifs engagés

Beauvechain et ses environs forment une sorte de laboratoire à ciel ouvert du renouveau viticole wallon. Plusieurs micro-domaines y testent solutions naturelles, agroécologie et coopérations.

  • Le Domaine du Chenoy, même s’il siège officiellement en province de Namur, possède des parcelles et des collaborations vers Beauvechain – on y teste les nouveaux cépages Piwi adaptés au climat belge (source : Domaine du Chenoy).
  • Vin de Liège (cave installée près de Visé) a récemment planté près de 4 hectares sur la commune, profitant du climat plus sec. Leur « Cœur de Craie » s’impose petit à petit parmi les cuvées belges marquantes, le tout en bio certifié.
  • Les Vignes de la Vierge, micro-domaine né d’un projet associatif, cultive à peine un hectare mais avec une démarche 100% enherbée, pressurage doux, cuves de petits volumes et convaincus du sans-intrants. À goûter lors des foires locales !

Ces projets s’appuient souvent sur des groupes de bénévoles, encourageant l’éducation, la participation, et une ouverture sur les pratiques agricoles alternatives.

La Hulpe : le défi de la proximité urbaine

La commune de La Hulpe se distingue par la proximité immédiate de la forêt de Soignes et de zones urbaines très denses. Les parcelles sont petites, les conditions climatiques parfois capricieuses, mais l’engouement ne faiblit pas.

  • Le Vignoble de La Hulpe amorcé par un groupement de citoyens et installé depuis 2019, vise d’abord la pédagogie et la biodiversité, cultivant quelques rangs de Solaris, Pinot noir et Johanniter en bio, avec vinification à la cave communale.
  • Plusieurs jardins partagés et micro-vignes le long de la Lasne, souvent intégrés à des projets écologiques plus vastes.

Un territoire d’expérimentation où l’ambition n’est pas de concurrencer les grandes maisons, mais bien d’initier les habitants à la « viticulture régénérative » et à la dégustation consciente.

Entre climat, cépages et savoir-faire : les clés singulières du vin du Brabant wallon

Le climat ne facilite rien aux vignerons du Brabant wallon : humidité, aléas printaniers, automnes parfois pluvieux… Pour compenser, les domaines misent sur :

  • Des cépages résistants (PIWI) adaptés à la pression cryptogamique : Solaris, Johanniter, Souvignier gris, Muscaris, Pinotin…
  • La plantation sur coteaux bien exposés, toujours orientés sud ou sud-est, pour grappiller un maximum d’ensoleillement.
  • Des pratiques sans intrants ou à minima, avec souvent des essais de vinification sans soufre, en levures indigènes, et des élevages de quelques mois pour privilégier la fraîcheur et le fruit.
  • L’obligation, selon le nouveau Cahier des Charges wallon, de vendanger à la main et d’éviter tout additif non naturel (source : Arrêté du Gouvernement wallon, 2018).

Certains vignerons (notamment à Beauvechain et Genappe) explorent aussi l’agroforesterie, la plantation parallèle de haies, et le maintien d’écosystèmes favorables aux pollinisateurs.

Repères pour découvrir et déguster les vins du Brabant wallon

Souvent produits en quantités limitées, les vins du Brabant wallon ne se retrouvent pas toujours en grande surface. Pour les goûter dans de bonnes conditions :

  • Privilégier les visites de domaines (portes ouvertes, dégustations thématiques, vendanges participatives).
  • Se rendre chez les cavistes spécialisés et curieux, particulièrement ceux attachés au vin naturel.
  • Participer aux événements dédiés comme la Fête de la Vigne (Beauvechain), le Printemps du Vin belge, ou le Marché fermier de Genappe (Vinbelge.be).
  • Suivre les réseaux sociaux des domaines : leur communication est vivante et annonce les cuvées et ateliers à ne pas manquer.

Le Brabant wallon, laboratoire vivant du vin belge en mouvement

La dynamique enclenchée autour de La Hulpe, Genappe et Beauvechain n'est sans doute qu'un début : chaque millésime façonne une aventure collective, en perpétuelle évolution. Ce qui frappe, c’est la sincérité de l’approche, la volonté de relier vin, paysage et expression paysanne ; une palette de vins naturels belges qui étonnent, intriguent, et rendent un indéniable goût de liberté à leur terroir. Le vin n’y est pas un produit figé, mais un reflet vivant d’un territoire qui se cherche, bouscule ses repères, et invente sa propre géographie du goût.