Solaris, Muscaris & Cie : cépages résistants et renouveau du vignoble en Brabant wallon

Explorer, comprendre et déguster le vin naturel belge

L’adaptation des cépages dans le Brabant wallon pose de nouveaux défis, entre mutations climatiques et recherche de viticulture durable. Les cépages dits « résistants » comme Solaris et Muscaris gagnent du terrain auprès des vignerons belges, mais leur implantation n’est pas sans question. Voici les repères essentiels pour comprendre leur intérêt et leurs limites dans le terroir brabançon :
  • Mutation climatique : Hausse des températures et multiplication des épisodes de maladies cryptogamiques bousculent les pratiques viticoles.
  • Résistance naturelle : Solaris et Muscaris, issus de croisements interspécifiques, se distinguent par leur tolérance au mildiou et à l’oïdium.
  • Réduction des intrants : Leur culture nécessite moins de traitements phytosanitaires, répondant aux exigences de la viticulture biologique et naturelle.
  • Caractère organoleptique : Ces cépages possèdent des profils aromatiques singuliers et parfois clivants, avec des expressions fruitées très marquées.
  • Diversité génétique et limites : Leur faible implantation mondiale limite le recul sur leur comportement à long terme face au terroir du Brabant wallon.
  • Recherche d’identité locale : L’avenir viticole brabançon se dessine entre adaptation pragmatique, respect du vivant et recherche d’une vraie signature belge.

Pourquoi tant de souffle autour des cépages résistants ?

Le mot « résistant » évoque peut-être pour certains un cépage va-tout, solide comme le granit, qui pousserait là où rien ne veut pousser. La réalité est moins sensationnelle, et bien plus intéressante : l’essentiel de ces variétés sont issues de croisements de Vitis vinifera (la vigne européenne traditionnelle) avec d’autres espèces de vigne plus rustiques (notamment américaines ou asiatiques). Leur atout principal : une tolérance marquée à certaines maladies, surtout le mildiou et l’oïdium, deux fléaux rendus encore plus imprévisibles par les changements climatiques (INRAE).

  • Solaris : croisement de Merzling, Gm 6493 et Muscat Ottonel, il offre une maturité rapide, une grande résistance au froid et aux principaux champignons.
  • Muscaris : alliance de Solaris et Muscat blanc, il hérite d’une belle résistance naturelle et d’un profil aromatique très muscaté.
  • D’autres variétés trouvent leur place en Belgique, comme Johanitter, Souvignier gris, Cabernet Cortis, ou encore Regent côté rouges.

Ce n’est donc pas une bagarre de marketing, mais une approche agronomique sérieuse, qui rebat les cartes de la sélection variétale en Europe du Nord (voir Vitisphère).

Un climat belge plus clément… mais exigeant

On a coutume de dire que la Belgique viticole doit tout à la montée des températures. Les données le prouvent : entre 1950 et aujourd’hui, le Brabant wallon a gagné entre 1,5 et 2°C de moyenne annuelle (KMI, données climatiques régionales). Mais qui dit chaleur ne signifie pas absence de stress : gelées tardives, pluie en période de floraison, alternance d’humidité et de coups de chaud, pression fongique souvent extrême. Même si le Pinot noir ou le Chardonnay se montrent désormais viables, les risques restent élevés. Solaris et Muscaris, moins sensibles à l’oïdium et au mildiou, ont permis à bien des pionniers de cultiver la vigne quasi sans intrants, même lors des années les plus pourries.

En 2021, année particulièrement pluvieuse, beaucoup de parcelles de raisin « classiques » ont été ravagées par les maladies sur les sols brabançons. Dans les mêmes conditions, plusieurs vignerons n’ayant traité qu’une ou deux fois (voire pas du tout) leur Solaris ou leur Muscaris ont pu rentrer une vendange saine. Cette différence, elle est concrète, surtout pour qui vise un vin naturel, faible ou sans soufre, sans pesticides ni cuivre jouant les bouées de sauvetage.

Caractère, potentiel et limites gustatives des cépages résistants

La vraie question, bien sûr, est celle du goût et de l’identité. Le Solaris, par exemple, séduit par un profil très aromatique : fruits à chair blanche, agrumes confits, parfois une pointe de muscat. Il porte bien la vigueur solaire du nom qu’il arbore, avec une acidité presque méridionale pour sa latitude et, sur certains terroirs, une puissance rare. Le Muscaris, encore plus exubérant, exprime des notes florales très marquées (jasmin, raisin frais), parfois jusqu’à l’excès.

C’est là que le bât blesse pour certains amateurs habitués à la discrétion des vins blancs bourguignons ou à la minéralité racée du riesling : un vin naturel de Solaris peut parfois sembler éclatant, mais manquer de profondeur, voire d’élégance selon les vinifications et les années. Les cuvées en élevage long, ou les macérations pelliculaires, permettent toutefois de gagner en complexité.

  • Adeptes du naturel : le Solaris, vinifié sans intrants, conserve son identité éclatante. Aucun besoin d’artifices, il donne « tout », pour le meilleur ou le moins séduisant.
  • Potentiel d’accords mets-vins : ses notes fruitées et son acidité lui permettent de beaux mariages avec la cuisine asiatique, les poissons fumés, les fromages à pâte pressée.
  • Incertitude sur le long terme : peu d’évaluations organoleptiques sur la garde, et une expérience de dégustation à affiner au fil des millésimes.

Enjeux agronomiques : diversité, pragmatisme… et préservation du terroir

Le choix du cépage est à la croisée de l’agronomie et de l’imaginaire. Les « résistants » offrent une vraie voie de décarbonation de la culture viticole belge, avec un besoin de traitements drastiquement réduit : on parle parfois de 2 à 4 traitements par an contre 10 à 16 en conventionnel (source : Journal du Vin). Cette réduction permet d’éviter l’accumulation de cuivre, élément toxique pour les sols, et de respecter une vraie philosophie du vin vivant.

Mais il existe aussi des réserves :

  • Monocépage & diversité : miser uniquement sur Solaris ou Muscaris, c’est concentrer les risques sur une génétique réduite, vulnérable à l’apparition de nouveaux pathogènes (voir Wine-Searcher).
  • Acceptation du public : les arômes très marqués, « différents », peuvent cliver ; le chemin vers une vraie identité belge passe sans doute par l’assemblage et l’exploration de variétés moins connues.

Quels horizons pour la viticulture naturelle du Brabant wallon ?

Les Solaris et Muscaris présentent des avantages indéniables pour minimiser les intrants et cultiver sans pesticides ni fongicides chimiques, condition sine qua non du mouvement des vins naturels. Leur rusticité donne de l’oxygène aux vignerons, permet plus d’expérimentation. Mais ils n’incarnent pas à eux seuls la diversité et la créativité attendues pour un vignoble en quête d’identité.

  • Exploration permanente : d’autres cépages résistants (Fleurtai, Sauvignac, Monarch…) commencent à trouver des ambassadeurs en Belgique. Leur avenir dépendra d’essais précis, sur plusieurs années et différents types de sols.
  • Travail sur les sols : rien, ni aucun cépage « miracle », ne remplace l’attention portée aux sols vivants, aux biodiversités, à la précision des vinifications et à la modestie face au climat.
  • Émergence d’un style « belge » : l’usage combiné de cépages résistants, de pratiques naturelles et d’inspirations locales pourrait faire naître une « patte » brabançonne, loin des modèles calqués sur l’étranger.

Pour aller plus loin : pistes et références

Pour qui s’intéresse à ces questions, plusieurs références (certaines en anglais) permettent d’approfondir : Piwi International (association dédiée aux cépages résistants), Journal du Vin, ou encore le rapport d’Agroscope (Institut Suisse de Recherche sur les Cultures). Le Brabant wallon reste un vrai laboratoire à ciel ouvert, où la diversité offre le meilleur rempart à l’imprévu.

En définitive, Solaris et Muscaris sont bien plus qu’un palliatif : ils sont devenus des partenaires généreux, sur lesquels s’appuyer pour cultiver autrement. Mais ils ne doivent pas faire oublier que la magie du vin – celle qui s’exprime partout où la vigne s’installe sincèrement – naît avant tout d’un dialogue subtil entre sol, plante et main de l’homme. Le chemin du Brabant wallon ne fait que commencer.